Les bras ouverts du Christ sur la Croix étreignent l’humanité tout entière : il les fallait écartelés, ces bras, car l’humanité est immense, abyssale, pécheresse autant que splendide, étonnante autant que lassante. Chacun peut, à son niveau, entendre ce geste. Car Dieu ne tient pas le monde dans la paume de sa main, comme un maître qui décide de tout : sa relation au monde n’est pas celle-là. Son geste est d’ouvrir les bras à chacun, comme un serviteur, un père, un ami, pour ceux qui en ont besoin.

Mais qu’avons-nous à faire de bras continuellement ouverts ? N’avons-nous pas besoin d’un Dieu qui nous enserre,  nous embrasse, et ce faisant nous délivre de nos peurs et de nos angoisses, de nos souffrances et de nos détresses ? Par l’ouverture de ses bras, le symbole de la Croix se refuse à cela : il raconte l’amour de dépossession, et non l’amour jaloux. Il dit l’amour qui donne l’homme à lui-même, qui lui donne de vivre ce qu’il a à vivre, et non cet autre amour qui, par précaution, empêche celui qu’on aime de souffrir, certes,  mais aussi d’éclore et de vivre. L’amour de Dieu pour l’homme est un amour qui envoie, non qui retient à soi : à chacun désormais d’ouvrir son cœur et ses bras, jour après jour et quoi qu’il en coûte d’aimer.

 

Martin Steffens