Sur l’échelle des progrès que la technoscience offre au monde moderne, la PMA occupe une place de choix que personne ne s’avise ni de remettre en cause ni même de discuter. Et pourtant …

 

D’un point de vue historique, la PMA s’inscrit dans le droit fil de la légalisation de l’avortement, comme un revers positif de la médaille. En effet, sans la possibilité de mettre la main sur l’être humain aux premiers instants de sa vie, ce qu’a permis l’avortement, impossible d’autoriser la PMA, grande consommatrice d’embryons, puisqu’on ne réimplante que les plus aptes après les avoir triés. Contrairement à l’avortement qui était « faire l’amour sans faire l’enfant », la PMA c’est « faire l’enfant sans faire l’amour ». Il ne s’agit plus d’enlever du ventre des femmes des enfants indésirables mais d’y introduire des enfants désirés. Au pouvoir de défaire l’embryon s’ajoute celui de le faire, de le refaire, voire de le parfaire.

 

A « un enfant si je veux » succède « un enfant comme je veux ». Les deux propositions revêtent le même degré d’impériosité, la magie de la deuxième venant compenser la tragédie de la première. Sur le plan philosophique, la PMA introduit une nouvelle définition de l’enfant qui n’avait encore jamais été osée : l’enfant reste « projet parental » tant qu’il n’est pas conforme aux canons de la société.

L’enfant est devenu interchangeable, monnayable et négociable s’il ne correspond pas au projet parental. Ce qui compte ce n’est plus la réalité de tel enfant mais l’idée d’enfant, l’enfant virtuel plus que l’enfant réel, l’enfant générique plus que l’enfant génétique. La technique le permet, le marché y trouve son intérêt et la loi légitime tout progrès plus qu’elle ne recherche la justice. En dissociant la procréation de la sexualité, la PMA a rendu l’embryon « disponible », en contradiction avec le principe d’indisponibilité du corps humain. En effet, l’embryon issu d’une PMA peut être fabriqué, trié, congelé, décongelé, transféré, donné à un autre couple, cédé à la recherche, disséqué sur une paillasse de laboratoire, détruit à date de péremption.

 

 

Il paraît dès lors inévitable que nos sociétés acceptent la PMA pour toutes les femmes ainsi que l’enfant de substitution procuré par une GPA « éthique ». Le matérialisme, l’argent et le droit se conjuguent pour faire de la PMA la première marche du transhumanisme. Après la déconstruction de l’homme par l’avortement, la PMA a ouvert la reconstruction de l’homme sur des critères qui échappent dorénavant à l’éthique, à la médecine hippocratique et au politique : la reconstruction de l’homme sans l’homme. Il est urgent de le comprendre et de le faire comprendre

 

 

Jean-Marie Le Méné,
Président de la fondation Jérôme Lejeune