Ce mot inaugure la parole que Dieu nous a adressée pour nous faire entrer dans la Sainte Quarantaine, mercredi : « MAINTENANT, revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! » (Joël 2, 12).

Le Seigneur est Maître du Temps et de l’Histoire et c’est bien aujourd’hui qu’il veut que son Église se retire au désert avec son Fils afin de vaincre le Diable. Sans doute y a-t-il urgence…

L’actualité fait apparaître des agissements et des infidélités dont on pensait un peu trop vite s’être débarrassé. Une parabole nous rappelle pourtant que l’ivraie se mêle au bon grain jusqu’à la fin des temps ; elle ne précise cependant pas  dans quelles proportions, même si le récit évangélique indique qu’un douzième du collège apostolique est corrompu…

Les trois tentations du Christ peuvent représenter, en creux, trois écueils à éviter. Spontanément, on les applique à l’échelle personnelle, mais essayer d’en saisir la portée institutionnelle et communautaire n’est pas inintéressant , car le mal est contagieux par nature.

1.  D’abord la tentation d’oublier que notre raison d’être est une mission spirituelle ; l’Église n’est pas d ‘abord une ONG chargée de secourir matériellement les peuples : sa raison d’être est d’offrir la parole de Dieu.

2.  Ensuite la tentation d’obéir aux hommes plutôt qu’à Dieu, en adoptant des mœurs que tout concourt à banaliser. Il serait si facile de s’aligner sur les dogmes du monde pour obtenir bien vite la paix et la fin des persécutions…

3.  Enfin, la pire des tentations qui correspond à la pire des manipulations : celle d’user des pouvoirs spirituels les plus sacrés (célébration des sacrements, enseignement de la Parole de Dieu et gouvernement de l’Église) pour servir le Diable et non Dieu.

Les réformes les moins efficaces, que l’Adversaire encourage, sont celles qui consistent à quitter l’Église de Dieu pour aller voir ailleurs. À quitter le « ici et maintenant » pour le « ailleurs et demain ». À fonder une énième « église » ou s’inventer une petite religion sur mesure.

La meilleure et la seule qui vaille, comme l’Histoire l’illustre, doit recommencer sans cesse dans le cœur de chacun d’entre nous : c’est la conversion personnelle. Le fait d’être membres les uns des autres est bien davantage qu’une image. Si le péché des uns salit les uns et nous humilie tous, la réforme et la sanctification des uns pourrait entraîner celle du Corps entier. Entrons donc courageusement dans le Carême 2019 « dans le jeûne, les larmes et le deuil ! » pour la seule gloire de Dieu.

Abbé Simon Chouanard